Check up de l’investissement Socialement Responsable (ISR)

Check up de l’investissement Socialement Responsable (ISR)

2011 est une mauvaise année pour la gestion d’actifs. Selon la Banque de France, les OPCVM monétaires et non monétaires ont enregistré une décollecte nette d’environ 89 milliards d’euros au cours de l’année 2011. Dans ce marasme, un marché arrive à tirer son épingle du jeu depuis ses dernières années, le petit poucet de la finance, celui qui est regardé de travers : l’Investissement Socialement Responsable (ISR).

L’an passé, le marché de l’ISR a atteint 64 milliards d’euros d’encours (+16,6 milliards d’euros) affichant une croissance exceptionnelle de 35% après avoir progressé de 68% en 2009 et 42% en 2010. Ces chiffres vous font rêver ? Il faut toutefois très vite relativiser. En France, la gestion financière à travers des OPCVM était évaluée en 1 590 milliards d’euros en 2010. L’ISR n’est donc qu’une petite goutte d’eau dans la mer… Selon Novethic, le centre de recherche sur l’ISR, estime que 6% des encours des fonds de droit français sont ISR.

Pourquoi ce marché progresse très vite ? La hausse des encours peut quasiment s’expliquer à elle seule par la conversion de fonds opérée par la société de gestion d’actifs Amundi d’environ 16 milliards d’euros. La société liée de la fusion entre Crédit Agricole AM et Société Générale AM a notamment a intégré des critères ISR à un fonds monétaire (Amundi Tréso Eonia ISR) disposant de plus de 13 milliards d’euros d’actifs. De surcroit, le marché de l’ISR français est dominé par les zinzins (investisseurs institutionnels) dans un léger souci de diversification de leurs investissements. Ces derniers ne représentaient en 2010 pas moins de 70% du marché.

Par ailleurs, la conversion de fonds se fait essentiellement dans le monétaire. Par exemple, la transformation de fonds actions en ISR ne représente que 5,3 milliards d’euros en 2011. Les mutations de fonds monétaires traditionnels en gestion ISR sont plus nombreuses puisqu’il est plus facile de mettre en place une analyse extra-financière sur les Etats. Cette dernière se cantonne généralement à vérifier si un Etat respecte bien les ratifications de chartes, de traités, de conventions ou de directives mais également à observer si les mesures prises par le gouvernement de celui-ci. En résumé, l’analyse est très rapide et s’appuie essentiellement sur les notes de recommandations des agences de notations… Il faut donc embaucher moins d’analystes que pour analyser une société via une batterie de critères (gouvernance, environnement, social…).

A quoi sert cette conversion ? Elle permet aux sociétés de gestion ou aux grandes banques d’investissement d’afficher un aspect plus responsable à moindre coût dans un monde qui s’attache de plus en plus à scruter ces petits détails. Etre écolo ou solidaire, ça a du bon en ce moment, au vu de l’image très dégradée des banquiers (pour le plaisir : spéculateur, radin, voleur, véreux, malhonnête…, j’en oublie sûrement). Autre avantage : elle redonne une nouvelle jeunesse à des fonds vieillissants à moindre frais. La maison de gestion va de nouveau pouvoir faire de la publicité autour de ses produits pour collecter de nouveaux encours.

Réel atout ? Plusieurs études ont été faites sur le sujet notamment par l’EDHEC Risk en 2010. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’aucune n’a réussi à démontrer la réelle surperformance des fonds ISR par rapport au marché notamment en cas de crise. Toutefois, un élément est mis en avant : la volatilité. Les fonds axés sur une analyse extra-financière permettent de réduire la volatilité en comparaison à celle observée sur les marchés.

Toutes choses égales par ailleurs en particulier en termes de performances financières, je va se faire le défenseur de la cause ISR. A défaut d’apporter un surcroit de performance, il est préférable d’investir au sein de sociétés prenant soin de leurs salariés ou créant des emplois au lieu de placer son argent dans des entreprises accumulant depuis des années et des années les plans d’économie. Pour que l’ISR prenne une autre ampleur en France, les maisons de gestion doivent améliorer leur communication mais surtout faire connaitre le produit aux particuliers. En accentuant ces efforts, le marché de l’ISR sortira peut être de sa niche…

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