La Grèce : un malade chronique

La Grèce : un malade chronique

Le Doc pousse un coup de gueule. Ras de bol de marchés boursiers européens guidés essentiellement par les accès de fièvre du malade grec et son état avancé de faillite. En tant que Docteur, je sais qu’il est préférable de soigner une bonne fois pour toutes le mal d’un patient plutôt que de le voir frapper toutes les semaines à la porte pour atténuer les symptômes.

Il est admis parmi les opérateurs de marché que le pays hellénique se dirige tout droit vers une faillite totale. On est passé de 21%, ensuite 50% puis 74% de perte assumée par les créanciers. Il est compréhensible que ces derniers freinent des quatre fers pour limiter leur perte car la banqueroute de la Grèce fera figure de référence dans les années à venir. Ainsi, ils ont l’espoir de ne pas arriver à la barre fatidique des 100%. D’après les projections des différents organismes financiers internationaux en particulier le FMI, l’Etat grec afficherait toujours à la suite de sa restructuration une dette représentant plus de 120% du PIB (produit intérieur brut) en 2020, et en plus avec des privatisations faites dans d’excellentes conditions. Vous avez déjà vendu quelque chose à un prix élevé quand vous êtes au bord de la banqueroute ? La route est donc longue, et la moindre incartade sera fatale.

Mais comment voulez-vous que le pays d’origine des Jeux Olympiques s’en sorte ? Le pays est gangréné par l’économie souterraine. Ces activités pas très légales ont dû se multiplier du fait des différents plans de rigueur imposés par l’Etat. On trichait avant, pourquoi ne pas le faire quand la situation est encore plus critique ? Le gouvernement a dernièrement identifié plus de 40.000 pensions de retraite indûment versées… Je n’ose vous parler de la supercherie mis en place par Goldman Sachs pour permettre à l’Etat hellénique de cacher une partie de sa colossale dette…

Outre le marché parallèle, les plans de rigueur asphyxient l’économie réelle du pays. La Grèce a vu son PIB reculer de 6,9% en 2011. Cette décroissance s’est accélérée au cours du dernier trimestre 2011 : près de 7,5% en rythme annualisé. Le pays enchaîne sa quatrième année consécutive de dépression… Les choses ne sont guère joyeuses pour 2012, le gouvernement prévoyant une récession de 4,5%. Et les marges de manœuvre sont de plus en plus réduites. Les fonds de tiroirs ont déjà été raclés, avec la vente des plus beaux actifs aux chinois tels que le port du Pirée. Ne restent plus que les îles de la mer Egée. Ou les pierres antiques sur l’acropole comme le Parthénon ou le temple d’Athena. Des actifs uniques, avec une vue panoramique sur Athènes et un cachet indéniable mais difficilement vendables même pour le meilleur agent immobilier du monde… Un des derniers joyaux est la loterie nationale, entreprise rentable, appelée OPAP et cotée en Bourse qui pourrait faire l’objet d’une privatisation. Peut être un bon coup à jouer…

La seule raison de cette faillite organisée et progressive est d’éviter une attaque acharnée (les hedge funds sont dans les starting blocks !) contre tous les autres pays en difficulté, notamment l’Italie, troisième économie de la zone euro, ou l’Espagne. La Banque Centrale Européenne (BCE) devrait laisser les taux bas un bon petit moment pour laisser le temps à ces pays de se remettre d’aplomb. Ensuite, si la Grèce n’arrive toujours pas à se redresser, les dirigeants auront la possibilité d’éjecter le pays de la zone Euro sans crainte de faire couler la monnaie unique. Pendant ce temps, le marché devrait subir les aléas grecs, et je n’ai pas fini de m’agacer…

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